Un déficit de dialyse de 349 000 euros, rendu visible, puis ramené à 52 000
Un hôpital public a exploité son unité de dialyse à perte pendant des années sans pouvoir le voir. Les comptes étaient sains en agrégé et muets sur le détail. Un modèle de Time-Driven Activity-Based Costing (TDABC) a révélé ce détail, acte par acte, et transformé un déficit caché en une courte liste de décisions valant 296 000 euros par an, sans rien changer aux soins reçus par les patients.
Un hôpital public portugais a mesuré sa dialyse avec le TDABC pour l'exercice 2015. Le modèle a séparé les trois sources réelles de perte, chiffré cinq propositions valant 296 000 euros par an et ramené le résultat de moins 349 000 à moins 52 000 euros, soit une réduction de 85 pour cent du déficit, sans toucher à la qualité des soins. Le livrable n'est pas un rapport, mais un modèle vivant que l'hôpital possède et réexécute.
Une unité réelle, avec un vrai volume d'activité
Le service de néphrologie a été fondé en 1975. Ce n'est pas une petite structure. L'unité de dialyse traite environ quarante patients chroniques en hémodialyse, maintenus à l'hôpital pour raisons cliniques, conduit un programme de dialyse péritonéale qui a pris en charge des centaines de patients depuis 1985, et soutient les patients rénaux admis dans le reste de l'hôpital.
- ~9 000 séances d'hémodialyse par an, réparties entre ambulatoire et hospitalisation.
- 19 000 consultations externes par an, plus 650 à 700 admissions.
- 100 à 120 greffes rénales par an soutenues par le service.
- Plus de 60 professionnels (néphrologues, infirmiers, équipes techniques et opérationnelles) répartis sur 19 lits.
Une unité de cette taille déplace beaucoup de coût. Mais, comme la plupart des services hospitaliers, elle ne connaît ce coût que comme une moyenne : un total de département divisé par l'activité. Le remboursement, lui, est payé par acte, selon des tarifs nationaux. Quand les deux sont mesurés dans des formes différentes, les écarts entre eux restent invisibles.
Une perte que personne ne savait localiser
Un premier examen suggérait un déficit d'environ 10 pour cent, déjà attendu, et pire encore une fois pris en compte les ressources nécessaires aux patients admis sous d'autres services. Mais « environ 10 pour cent » n'est pas un chiffre sur lequel on peut agir. Il ne dit pas quels traitements perdent de l'argent, quels fournisseurs coûtent trop cher, ni si le problème tient au prix, au mix ou à l'organisation des soins.
L'enjeu dépasse un seul hôpital. Une faible part de la dialyse chronique est réalisée dans des unités publiques intégrées, et une suspicion ancienne veut que l'État puisse la délivrer plus efficacement. La réponse honnête exige de connaître le coût réel, mesuré comme le remboursement est effectivement payé. Le conseil d'administration a décidé de regarder. Il a commandé un costing complet de l'unité, construit avec Cost and Profitability Consulting aux côtés de l'équipe d'information de gestion de l'hôpital. Les comptes disaient que l'unité perdait de l'argent. Ils ne disaient ni où, ni pourquoi, ni quoi faire.
Le coût suit le patient, pas le département
La méthode au coeur du modèle est le Time-Driven Activity-Based Costing (TDABC), l'approche publiée par Robert Kaplan et Steven Anderson via la Harvard Business School en 2004, que Kaplan et Michael Porter ont ensuite portée dans les hôpitaux comme moteur de coût de la santé fondée sur la valeur. Plutôt que d'interroger le personnel sur son emploi du temps, le TDABC construit des équations de temps à partir de données opérationnelles réelles et les utilise pour attribuer le coût à chaque acte, épisode et patient.
Autour de ce coeur, l'équipe a bâti une architecture de costing à six niveaux d'allocation distincts. Certains coûts atterrissent directement sur un patient, d'autres transitent par des ressources et des activités, et les coûts indirects les plus délicats atteignent leur objet de coût par des inducteurs simples et explicables. Point décisif : chaque allocation est traçable, de sorte que le modèle peut être réexécuté et mis à jour à chaque période plutôt que reconstruit de zéro.
Le modèle est parti des données que l'hôpital détenait déjà : comptabilité analytique, dossiers cliniques et d'actes, sorties de pharmacie et achats. Les coûts indirects, environ 11 pour cent du total, ont été attribués par acte médical plutôt que dilués sur le département. Les actes ont été modélisés contre le barème tarifaire national, pour comparer le coût de l'unité à ce que chaque acte est réellement payé. Les équations de temps ont transformé des milliers de transactions en un coût réel par séance et par patient, séparé proprement entre hémodialyse, dialyse péritonéale et soutien aux patients hospitalisés. Aucun nouveau projet informatique.
Cinq mouvements, classés par ce qu'ils valent
Aucune des propositions ne touchait à la qualité des soins. Elles sortaient directement du détail des coûts : là où l'unité surpayait, là où la capacité restait inutilisée, là où la même activité pouvait simplement être enregistrée correctement.
- Appel d'offres consommables et équipements d'hémodialyse (+159 000 euros). L'hémodialyse coûtait environ 48 euros de consommables et d'équipement par séance. Un appel d'offres unique à 37 euros fixes par séance, regroupant les deux, représente à lui seul plus de la moitié du redressement.
- Restauration salariale de 2017 (moins 22 000 euros). Toutes les lignes ne vont pas dans le bon sens. Rétablir la rémunération infirmière de 3,5 pour cent et médicale de 10 pour cent ajoute du coût. Le modèle l'inclut ouvertement, car un plan qui ne compte que les bonnes nouvelles n'est pas un plan qu'un conseil peut croire.
- Poste de dialyse supplémentaire (+33 000 euros), dégagé dans l'espace existant, augmentant la capacité à coûts fixes inchangés.
- Renégociation de la sous-traitance de dialyse péritonéale (+68 000 euros).
- Correction du codage et du prix de transfert (+48 000 euros) d'un acte sans impact thérapeutique.
Exécutées ensemble, les cinq mesures interagissent légèrement en faveur de l'hôpital, ce qui explique pourquoi le gain combiné publié, 296 000 euros, est un peu meilleur que leur simple addition.
D'une perte vague de 10 pour cent à un chiffre piloté
Cas de base, exercice 2015 : moins 349 000 euros de déficit, source inconnue. Après les cinq propositions : moins 52 000 euros, pleinement compris. Le titre, c'est les 296 000 euros. Le résultat plus profond, c'est le passage d'un déficit que personne ne pouvait expliquer à un déficit quantifié, sourcé et piloté, ligne par ligne. Les 52 000 euros restants ne sont plus un mystère : c'est un écart connu, avec un nom sur chacune de ses parts.
C'est la différence entre un rapport et un modèle d'exploitation. L'hôpital n'a pas acheté une étude ponctuelle. Il détient désormais un modèle qu'il peut réexécuter à mesure que tarifs, grilles salariales et mix de patients changent, exactement ce qu'il faut pour piloter l'unité de dialyse comme un centre de résultat, décomposé par patient, épisode, type de traitement, fournisseur et acte. Ce type de modèle vivant se construit et se maintient dans CostCtrl, la plateforme qui rend la méthode reproductible d'un service à l'autre.
On ne pilote pas la valeur sans le côté coût
La santé fondée sur la valeur mesure les résultats qui comptent pour les patients face au coût de les obtenir. Le côté résultats capte l'essentiel de l'attention. Le côté coût est là où la donnée est la plus faible, car les hôpitaux connaissent presque toujours le coût comme une moyenne de département plutôt que comme un coût par patient ou par parcours.
Une moyenne n'est vraie pour personne. Elle mélange une séance de routine et une séance compliquée, un patient externe autonome et un patient hospitalisé qui exige bien plus de soutien, et produit un chiffre qui masque justement la variation qu'un gestionnaire doit voir. Ce cas est un exemple travaillé de comblement de ce trou : le TDABC a donné à l'unité un coût par acte et par patient défendable, ce qui fait reposer les discussions de financement, les négociations tarifaires et la refonte du service sur des preuves plutôt que sur des affirmations. La même méthode s'applique à tout service clinique où le remboursement est fixé par cas et le coût connu seulement en moyenne : chirurgie, hôpitaux de jour d'oncologie, imagerie, parcours d'urgence.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le TDABC (Time-Driven Activity-Based Costing) en santé ?
- Le TDABC chiffre les soins selon le temps que chaque étape prend réellement. Au lieu de diviser le budget d'un département par son activité pour obtenir une moyenne, il utilise des équations de temps pour attribuer le coût du personnel et des équipements à chaque acte, épisode et patient. C'est la méthode publiée par Kaplan et Anderson en 2004, et celle que Kaplan et Porter ont portée dans les hôpitaux.
- Pourquoi l'unité de dialyse perdait-elle de l'argent sans que personne ne le voie ?
- Les comptes étaient sains en agrégé mais muets sur le détail. Le coût était connu comme une moyenne de service, alors que le remboursement est fixé par acte. Ce n'est qu'en attribuant le coût de la même façon qu'il est payé, acte par acte, que le déficit de 349 000 euros et ses trois sources (hémodialyse, dialyse péritonéale et soutien aux hospitalisés) sont devenus visibles.
- Combien le TDABC a-t-il fait économiser à l'unité ?
- Le modèle a identifié cinq propositions concrètes valant au total 296 000 euros par an, ramenant le déficit de 349 000 à environ 52 000 euros. Le plus grand levier, un appel d'offres pour les consommables et équipements d'hémodialyse, valait 159 000 euros. Aucune proposition n'a modifié la qualité des soins.
- La santé fondée sur la valeur a-t-elle besoin du TDABC ?
- Elle mesure les résultats face au coût de les atteindre, ce qui exige un coût par patient et par parcours défendable, pas une moyenne de département. Le TDABC fournit le côté coût de l'équation de valeur, pour que financements, tarifs et décisions de lignes de service reposent sur des chiffres qu'un directeur clinique et un directeur financier peuvent tous deux assumer.
- Le projet a-t-il remplacé les systèmes informatiques de l'hôpital ?
- Non. Le modèle a été construit à partir de données déjà détenues par l'hôpital (comptabilité analytique, activité clinique, pharmacie et achats), extraites et nettoyées sans nouveau projet informatique. Il est devenu un modèle vivant que l'hôpital possède et met à jour, pas un rapport ponctuel.
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